l’argent appel l’argent

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L’ARGENT APPELLE L’ARGENT – quand on se jette à l’eau sans …

7 Avr , 2016  

Je me demandais comment il avait pu réunir cette somme si les terrains avaient été bradés. Cela m’intriguait. Le jour du dépôt était un lundi, mon père fit un tour rapide à l’Église pour prier avant d’aller faire son versement. Commencèrent alors trois mois d’attente. Mais comme lui avaient dit ses amis, mon oncle et tous ceux qu’il avait contactés, il n’y avait rien d’inquiétant ; tous les clients étaient en joie. On n’avait plus besoin d’une raison particulière pour faire la fête. Les gens étaient heureux, la plupart avaient réglé leurs problèmes, ceux qui avaient encore des problèmes attendaient avec sérénité et confiance d’avoir des gains successifs pour bouter définitivement hors de leur vie les problèmes liés à l’argent.

Les trois mois venaient de s’écouler, mon père se rendit à l’agence où il avait fait son dépôt avec un peu d’appréhension. Je l’avais accompagné encore ce jour-là, mais comme la première fois, il m’a dit de l’attendre dans la voiture. Il y avait toujours autant de monde.
Après une heure, quand je le vis ressortir, j’étais inquiet, il n’avait pas le moindre sac sur lui. Mort d’inquiétude, j’attendis qu’il s’asseye derrière le volant avant de lui demander :
— Qu’est-ce qui s’est passé papa ? Mais il ne disait rien, comme s’il avait perdu l’usage de la parole. Ils ne t’ont pas payé Papa ? Où est l’argent ?
— Fiston, appelle ta mère et dis-lui que nous allons dîner ce soir dans un grand restaurant…
— Papa, tu dois prendre 20 millions, je ne les vois pas sur toi. Où est passé cet argent ?
— Arrête de t’inquiéter, fiston. L’argent est là, bien au chaud, j’ai eu mes 20 millions comme prévu, mais j’ai préféré augmenter le capital, j’avais déposé 18 millions et gardé que 2 millions sur moi.


La machine de la richesse est définitivement lancée. Tu peux désormais oublier ta fichue moto, je pourrais même t’acheter une voiture, tu sais. Alors qu’est-ce que tu en dis, hein fiston ?
Je regardais mon père, plein d’espoirs, nous avions désormais à l’instar des autres, le chemin tout tracé pour des lendemains meilleurs. J’appelai maman pour lui parler du programme du restaurant. Elle avait su immédiatement pourquoi et était très contente, mais arrivés à la maison, n’ayant pas vu les millions que papa devrait rapporter, elle explosa :
— Tu n’aurais pas dû remiser ce que tu as gagné, si je peux l’appeler ainsi. Tu as pratiquement tout vendu déjà pour constituer ce capital, nous n’avons plus rien et tu sembles l’oublier. Je trouve que tu nous as fait prendre trop de risques par la façon dont tu gères cette affaire. Si tel est que nous allons être riches, autant que nous le soyons dans notre poche et non dans les caisses de cette société qui ne me dit rien qui vaille.
— Arrête de te morfondre, intervient mon père, j’ai fait mes enquêtes avant de me jeter à l’eau, je ne veux plus être celui qui est passé à côté de la fortune, alors que les autres s’en mettent plein la poche. Je ne veux plus qu’on me raconte l’histoire, je veux la vivre.
— Tu as peut-être fait des enquêtes, mais on ne t’a pas donné les bons renseignements. On t’a raconté que ce que tu voulais entendre. Depuis que tu as vendu l’autre maison, je n’arrête pas de m’inquiéter et si je n’avais rien dit depuis tout ce temps, c’est parce que je te faisais confiance, sans compter le fait que je n’avais pas d’autres informations à part celles que me dictait le bon sens qui était évidemment contraire à ton envie subite de t’enrichir. Il y a deux semaines, j’avais rencontré une dame au marché, elle travaille à la banque. Elle parlait de cette affaire avec une autre et j’ai poussé ma curiosité pour en savoir davantage.


D’après elle, aucune structure financière sérieuse ne donne de tels gains. Les caisses d’épargne n’offrent pas au-delà de 5 % l’an. Mais cette mystérieuse structure donne des intérêts avoisinant les 33% tous les trois mois, ce qui présente au-delà de 130 % l’an. C’est fou ça !
— Maintenant que tu le dis…
— Je n’ai pas fini. Quel business donne autant de bénéfices ? Renchérit maman. Si eux, ils donnent de tels gains à leurs clients sans parler de leurs propres bénéfices, le loyer des bureaux, les salaires du personnel ! Non, mais c’est hallucinant ! C’est eux-mêmes qui fabriquent les billets de banque ou quoi ? Ah, j’oubliais, et les impôts dans tout ça ?
— Écoute, moi je n’ai nullement envie de savoir quelles affaires ces gens-là font avec nos épargnes, mais je te signale que ça fait des années que cette affaire fait des heureux et des nouveaux riches dont je compte bien faire partie désormais. Tu as sans doute oublié qu’on voit les dirigeants de cette structure à la télé ou encore à des œuvres caritatives marquées par la présence des ministres. Et puis d’ailleurs, pourquoi c’est maintenant que tu me dis tout ça ?
— Je veux que tu sois complètement conscient des risques que tu nous fais prendre. Je priais pour que tu commences par récolter les gains afin de nous mettre vraiment à l’abri du besoin, je ne m’attendais pas du tout à ce que tu leur reverses illico ce que tu venais à peine de gagner, si toutefois, on peut appeler ça gagner.


Mon père avait raison, ce n’était pas le moment d’être pessimiste. Pour la première fois, nous allions tous dans un grand restaurant avec des couverts dignes de ce nom malgré la mauvaise humeur et le manque d’appétit de maman. Trois jours après, mes parents allèrent visiter le quartier où mon père comptait acheter le nouveau terrain pour la construction de notre nouvelle maison ou chacun pourra désormais avoir sa chambre. Pour mon père, il fallait désormais rassurer maman en mettant en place la stratégie des dépenses pour ne pas dilapider l’argent pour autre chose s’il venait. Il continuait de prendre des renseignements pour se tenir informé de la bonne marche de la société miraculeuse.

D’autres structures avaient ouvert leurs portes avec des gains encore plus élevés. Loin d’alerter et d’éveiller la méfiance des populations, les clients attirés par les nouveaux gains records avaient commencé à affluer. Des bagarres éclataient très souvent pour des questions de place dans la file d’attente. Des personnes d’apparence pauvre, des gens qui disaient manquer du minimum pour vivre, venaient déposer des sommes inimaginables. La folie du gain facile avait définitivement gagné tout le pays. Tout le monde ou presque était directement ou indirectement client de ces structures d’un genre nouveau. Certains gros clients ne voulant pas se faire voir, envoyaient leurs hommes de confiance faire les dépôts et récolter les gains pour leurs comptes, comme s’ils faisaient quelque chose de répréhensible.

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