l’argent appel l’argent

Lu Pour Vous

L’argent appelle l’argent – au commencement

3 Avr , 2016  

— Ça y est, nous allons être riches ! C’est notre tour de rêver d’une grande maison ! Que dis-je, d’avoir une grande maison avec de l’espace, de grandes chambres, plusieurs salons, des espaces verts et bien entendu, une grande piscine…


C’étaient les propos de mon père ce vendredi soir. Il avait été rarement aussi joyeux. Les raisons du rêve et de l’euphorie de mon père étaient toutes simples. Son ami et frère venait tout juste de lui montrer les merveilles d’une nouvelle société d’épargne et de placement d’argent qui générait des intérêts qu’aucun autre établissement financier n’osait imaginer. Ce n’était pas la première fois qu’il venait titiller mon père ; à chaque fois qu’il avait touché ses gains ou ses intérêts sur son capital placé, il venait montrer à mon père les preuves que c’était une affaire qui marche.
Mon père, de nature méfiante, avait toujours été sur ses gardes, craignant une arnaque. Cela faisait presque deux ans que notre oncle passait à la maison chaque trois mois, avec des sachets pleins de billets. Il habitait dans un quartier délabré, mais depuis un mois, il avait aménagé dans sa nouvelle maison et nous avait invités à y faire un tour.


— Voilà ce que mes intérêts m’ont permis de construire en à peine 18 mois, disait-il avec toute l’assurance et la prétention caractérisant les nouveaux riches.
Sa nouvelle maison avait cinq (5) chambres deux (2) grands salons, de l’air conditionné partout, des espaces verts et l’incontournable piscine qui, ici était encore en finition.
— Et c’est ce placement d’argent qui t’a permis de faire tout ça ? Demanda mon père. Tu es sûr que tu ne fais pas un trafic louche, la drogue ou autre ?
Pour toute réponse, mon oncle ricana un bout de temps, avant de commencer à fouiller machinalement dans son sac pour en sortir des carnets et autres reçus.
— Regarde ! Dit-il. Ce sont les papiers, mes carnets de compte, mes reçus de versements, mais si tu veux, je t’amène là-bas et tu verras de tes propres yeux.

 

Ce jour, nous avions quitté chez notre oncle avec la certitude d’avoir en nos mains la combinaison gagnante du loto.
Dès le lendemain, mon père fut accompagné par mon oncle dans les bureaux de ladite société, faiseuse de miracles. Ils avaient passé plus d’une heure à faire la queue, tellement il y avait du monde. Toutes les couches de la société étaient là : de la simple ménagère aux menuisiers, les soudeurs, les mécaniciens, des chefs maçons, des commerçants, des fonctionnaires, des cadres de l’administration dont des douaniers, des comptables de grandes sociétés d’État et même des banquiers. Tout le monde profitait de l’occasion pour s’en mettre plein les poches. Mon père avait pris des renseignements chez quelques amis rencontrés sur place. Il avait eu plus de renseignements qu’il n’en demandait. Tout le monde faisait l’éloge de la société. Le peu de méfiance qui restait à mon père s’était dissipé totalement. Elle avait disparu comme le sel dans la sauce. Convaincu, avant même d’atteindre les bureaux de la société, mon père quitta la file d’attente :
— Je crois bien aux miracles de Jésus sans les avoir vus, alors que là…
— Laisse-moi t’expliquer encore, dit mon oncle avant de se lancer dans des explications, chiffres à l’appui. Alors, le dépôt minimum est de 60.000 frcs. Cette somme te rapporte 20.000 francs comme intérêt tous les trois mois. Mais là où cela devient intéressant, c’est quand tu mises beaucoup. Si tu mises 10, 100 ou 1000 fois ce dépôt minimum, le gain sera tout autant multiplié.
— Toi, tu as misé combien ? Demanda mon père à mon oncle.
— Je suis allé doucement au début parce que j’avais un peu d’appréhension, expliqua mon oncle, mais, après avoir eu plusieurs gains sans le moindre problème, sans la moindre rumeur alarmante, la confiance s’est définitivement installée en moi. Actuellement j’ai un capital de 120 millions répartis en plusieurs lots.
— Quoi ? Comment a-t-il pu réuni une telle somme ?
— C’est très simple, j’ai vendu ma maison, tous mes terrains et hypothéqué ma nouvelle maison auprès de la banque, tout ça, après les gains déjà perçus, le chiffre est monté très vite. Moi-même j’ai été surpris, je ne savais pas qu’un jour, j’allais faire partie de la haute société.

Mon père, en remontant dans sa voiture où je l’attendais sagement, était plein d’espoir, heureux comme un poisson dans l’eau. Il m’avait toujours promis une moto, sans jamais oser me l’acheter. Si cette affaire se concrétisait, je pouvais désormais rêver d’une petite voiture. Mais malgré son enthousiasme et les explications convaincantes qu’il avait eues, mon père hésitait encore jusqu’au jour où mon oncle débarqua chez nous à nouveau avec son sac qu’il déposa sur la table. Il ressortit des liasses de billets et tendit à mon père 500 000 frcs.
— Tiens pour ton week-end, je viens de recevoir 20 millions comme gain et j’en recevrai encore petit à petit jusqu’à atteindre encore ce montant dans un mois.
Mon père se précipita sur le sac, à la vue du contenu, il s’extasia :
— Ça y est ! Je vais le faire ! Mais dis-moi, ce n’est pas prudent de se trimbaler avec autant d’argent !
— C’est pour toi que je prends ce risque. Je voulais te le montrer, pour que tu voies de tes propres yeux, et pour qu’enfin tu te décides à en profiter aussi.
— Dès ce soir même, j’appelle les démarcheurs pour relancer la vente de tous mes terrains, je crois qu’avec ça et mon épargne à la banque qui ne me rapporte que des broutilles, je serai en mesure de réunir un bon capital pour des gains conséquents.
Dès le lendemain, toujours méfiant, à croire que ce sont des gênes de méfiance qu’il a eu en premier dès sa conception, mon père prit d’autres renseignements chez d’autres personnes, elles disaient toutes les mêmes choses :
— Tu es encore à ce niveau toi ? Tu es un retard mon cher. C’est Dieu lui-même en personne qui nous a envoyé ce service ; tu n’as pas vu les dirigeants de la structure avec des ministres à la télé ? Lui demanda Éric, son ami d’enfance, le plus méfiant de tous.


Mon père avait raccroché, le sourire aux lèvres, il regrettait d’avoir mis autant de temps pour se décider. Dès la semaine suivante, il avait presque fini de vendre ses terrains, avant de brader notre deuxième maison qu’il a eue en héritage de son père dans laquelle il y avait des locataires. En peu de temps, mon père avait réuni 65 millions. La plupart des terrains avaient été bradés, vendus à moitié du prix du marché. Mon père se frottait les mains, il disait qu’il avait désormais de quoi combler ces manques à gagner.

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