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Culture,Peuple

Lutte des écrivains africains contre le déni de l’histoire africaine

3 Juil , 2016  

La colonisation fonde sa légitimité sur une absence de culture et d’histoire des colonisés. La politique d’assimilation prétend y remédier en inculquant à ces populations « notre culture » et « notre histoire ». Ce que réalise l’école coloniale qui enseigne dans toute l’Afrique la seule histoire de l’Europe, celle de « nos ancêtres les Gaulois ». On a peine à imaginer aujourd’hui le surprenant spectacle d’Africains déclarant descendre des Gaulois… Mais le ridicule ne tue pas l’école coloniale, et il faut attendre les indépendances pour changer les programmes scolaires.

 

Rien n’est prévu : pas de manuels, pas d’ouvrages de références ; seuls quelques mémoires de gouverneurs et d’administrateurs coloniaux : Maurice Delafosse, Charles Monteil, Henri Gaden, Gilbert Vieillard, et aussi Leo Frobenius, l’ethnologue allemand dont l’ouvrage Histoire de la civilisation africaine (1903) n’est traduit et publié qu’en 1936, et inspire, dès ces années d’avant-guerre, la génération de la Négritude. Le déni d’histoire est le premier problème de ceux qui fondent la nouvelle poésie nègre et malgache, sous-titre de l’Anthologie de L.S. Senghor en 1948.

 

Dans La Condition noire (2007), Pap Ndiaye décrit bien le problème : « La racialisation du monde (avait commencé) au seizième siècle, pour justifier la traite et l’esclavage par une hiérarchie raciale fondée sur une hiérarchie sociale. » Mais c’est à partir de la conquête de l’Afrique que l’on s’acharna à passer sous silence, voire à « oublier », tous les travaux qui tentaient de dessiner le Moyen Âge africain évoqué par les récits des voyageurs arabes et les témoignages plus récents des Européens. A fortiori ceux d’une Antiquité remontant à l’Égypte pharaonique. Cheikh Anta Diop en démonte le processus, et parle à juste titre d’un « complot », puisque toute référence à la « négrité » de l’Égypte ancienne a disparu des livres d’histoire scolaires.

C’est pourquoi les critiques et écrivains de la Négritude intègrent les études de Franz Fanon comme celles de Jean-Paul Sartre et de Memmi. On peut ainsi constater que les premières approches de cette littérature sont accomplies par un psychiatre et un philosophe qui axent leurs analyses sur les faits historiques dénoncés par les écrivains : la traite esclavagiste, le racisme quotidien et la domination coloniale. Tous considèrent ces œuvres comme révélatrices d’un traumatisme grave dû à cette histoire. Une histoire qui ne peut être que celle des traumatismes sur la personnalité, sur les relations sociales, sur la vie même de ces écrivains assujettis et infériorisés depuis trois siècles.

Faut-il rappeler à quel point le contact entre les Européens et l’-Afrique noire fut brutal et humiliant ? Dès que les navires portugais touchent la côte africaine, une question se pose : a-t-on le droit non seulement de conquérir ces peuples, mais d’en faire commerce ? Sont-ils vraiment des hommes ? Rappelons-nous la fameuse controverse de Valladolid où ce problème fut débattu entre ecclésiastiques. À quoi la bulle du pape Alexandre VI (1485) répondit en résumé : « Allez-y, du moment qu’on les convertisse ! » La commémoration de l’esclavage en mai 2011 a permis la diffusion d’un excellent film sur les débats qui agitèrent le gouvernement français à propos du maintien ou non du système esclavagiste aux Caraïbes. On y perçoit à quels types de préjugés Schœlcher dut faire face, sans compter les arguments très concrets de type économique.

C’est sur une véritable construction idéologique fondée sur l’infériorité congénitale de la race noire (tant morale qu’intellectuelle) que les colons s’appuyèrent pour défendre ce qu’ils considèrent comme leurs droits inviolables. Et Schœlcher peina à détruire cet édifice, au nom de valeurs humanistes. En réalité, en 1848, l’égalité des hommes est loin d’être reconnue, et c’est sur le principe du droit à la liberté que Schœlcher l’emporta. Rien d’étonnant donc que la prise en charge de cette histoire calamiteuse par des intellectuels noirs mit près de cent ans à se réaliser.

Depuis lors, un certain nombre prit la plume, et souvent très bien. Mais presque tous ces écrivains occultèrent l’histoire,  leur histoire justement  pour écrire dans le droit fil des lettres françaises. Que ce soient les poèmes romantiques ou parnassiens des écrivains antillais ou haïtiens, ou les rares textes en français de quelques Africains, rien ne les séparait des productions de ce qui restait, à leurs yeux, la Métropole, celle des lettres et de la science, celle qui disait l’Histoire pour les « petits-enfants de Vercingétorix » (titre d’un roman d’Alain Mabanckou).

Leopold Sédar Senghor

Léopold Sédar Senghor

cheikh anta diop

Cheikh Anta Diop

 

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